Christie MacDonald (ou des non-lieux).
Article Deux
Entretien au Café du Canal, Paris 10
Le lundi 25 mai 2026
Page de l’artiste @cristiemac
Prochaine exposition de Christie MacDonald à l’été 2026
Sélection d’œuvres de la collection OFFICES ci-dessous © courtesy of the artist
Hello world. Sans erreur, Pierre Dupont s’apprête à prendre son avion. Tout est en règle : ses papiers, de vol comme d’identité, les vingt kilogrammes pile poil du bagage soute, ainsi que les marchandises du Duty Free. Il en est de même pour tous les autres patients du Terminal C. Avec Pierre, en voilà deux autres, Paul et Jacques (de la rédaction, ndlr) qui, avec la plus grande attention, écoutèrent le fabuleux récit d’une autre passagère.
Christie MacDonald nous accorde quelques heures de conversation dans la salle d’attente de son aller-retour Londres-Paris. Six oreilles bien pendues à une histoire bien singulière et une rencontre qui fut l’une des plus belles de cette dernière année calendaire. Diplômée des Beaux-Arts de l’ArtCenter College of Design, à Pasadena, en Californie, Christie MacDonald nous présente son oeuvre brillante. La série de tableaux OFFICES ramène à la vie ces intérieurs inanimés, plutôt laids et plus ou moins occupés 35 heures par semaine (hors week-end). Les ombres de cols blancs ne se voient pas, elles se devinent. Nous lisons l’humanité en filigrane. Le lundi de notre échange, lundi de Pentecôte mais lundi de solidarité, les bureaux ne se sont toutefois pas vidés.
Pour sa prochaine collection, dévoilée à l’été 2026, Christie MacDonald transforme cette fois-ci les aéroports, commodités d’étape et lieux de transit désincarnés, en nouveaux mondes fantastiques et volumes agoraphiles. Brian Eno avait également eu l’idée en 1978 de pasticher ces espaces anxiogènes avec ses Music for Airports et d’en métamorphoser l’ambiance. Native de Biarritz, Christie nous évoque Malibu (DJ Lostboi), qui par ses Music for Landings retrace le trajet PUF 2 LAX, de Pau à Los Angeles. Quoiqu’il en soit, voyages ou e-messages, pré ou post-pandémie, l’ethnologue et anthropologue Marc Augé, le père de Pierre, avait déjà théorisé ces non-lieux, espaces de court passage et de parfait anonymat. Dans OFFICES, Christie met à l’honneur ces travailleurs de l’effacement. Le comput ecclésiastique entre en phase avec le computer algorithmique. Masse salariale devient place spectrale. L’économie tertiaire semble avoir créé des espaces vides comme antichambres de la productivité simulée. Pensés et manufacturés pour recevoir un nombre optimal d’individus acharnés au même profit et enchaînés au même endroit, Christie MacDonald les dépeint comme nous les occupons, c’est-à-dire en une superposition de mobilier et d’immobilier trop banale pour être remarquée, trop étrangère pour être habitée. L’ergonomie théorisée des objets dépasse la monstration de toute mortalité. Il est question de l’éternel immobile voire inutile conservé dans une boîte à souvenirs passés et à rêves hallucinés.
Revenons à la Pentecôte. Son objectif est d’envoyer l’Esprit saint sur les Eglises de notre temps. Mais quelles sont-elles, ces Eglises de notre temps ? Christie MacDonald met en lumière ces Lobby, W/C, Meeting Room, Stairwell, Rotating Chair, Maintenance, Emergency Exit… entre autres promesses que les professionnels du secteur nous ont louées volontiers. En retour, elle joue habilement avec l’inconscient collectif et les imaginaires symboliques par superposition d’archétypes, trouvant une grande source d’inspiration dans la pensée de Carl Jung.
Tantôt surmodernité pour Marc Augé, tantôt surstimulation pour Mark Fischer, ces deux marques tant regrettées de notre temps sont le centre de la critique de la culture du travail délivrée par Christie. Par collage d’images et négation de la culture « adulte », Christie nous invite généreusement à se réfugier hors du monde des responsabilités. La place de l’enfance est élémentaire dans le processus créatif de Christie MacDonald, tout comme pour l’artiste Mike Kelley qui représente pour elle une autre exaltation intellectuelle, avec ses éloges de la bêtise sans pour autant faire l’économie de matière grise. Nous devrions peut-être rester enfants. Pierre, Paul et Jacques décideront de rater leur avion finalement. Goodbye world.
La Rédaction
Christie MacDonald, MEETING ROOM, oil and ink on canvas, 75×100 cm, 2024
Christie MacDonald, LOBBY, oil and ink on canvas, 100×125 cm, 2024
Christie MacDonald, MAINTENANCE, oil and ink on canvas, 75×100 cm, 2024